mardi 5 janvier 2010

Alors quoi ?

Quoi, en ce début d’année 2010 ?
Il m’est revenu, ce sentiment persistant d’être improbable, totalement improbable…
Je regarde les autres, je croise des gens, j’en fréquente même ; et bien ils ont tous l’air vrais eux, réels, tous paraissent être tout à fait ancrés dans le monde ; ils ont quelque chose de certain, ils semblent avoir un destin, une destinée - oh, qu’ils acceptent plus ou moins, hein, mais bon, il y a bien un fil à leur vie, enfin je le vois bien… Moi, non. Rien, je ne perçois rien de tel. Ce n’est pas un problème de sens, je ne crois pas qu’il y ai forcément un sens à une vie, c’est autre chose, un sentiment - plus qu’un sentiment, la perception, la quasi certitude - d’être irréel, décadré, comme si je venais d’ailleurs. Je ne mets pas en doute mon existence, pas plus que celles des autres, je vois bien que j’existe : je peux influer sur le cours des choses, sur le monde, même de façon infime ; et puis j’ai un corps qui vit, qui se transforme au fil du temps, qui occupe de l’espace, qui vieilli… Non, le problème est ailleurs, ce sont les modalités de mon existence qui sont improbables… Et c’est physique aussi ; je veux dire que quand je me regarde - dans un miroir par exemple, ou sur une photo - je me trouve physiquement improbable, mon visage, mes yeux - surtout mes yeux et leurs cavités, les cils et les sourcils, les paupières, toute cette zone de mon visage en particulier me parait être totalement incongrue… Mais ça vaut pour le reste, le corps, le ventre, les pieds et les mains, mon sexe même… Et l’aspect général aussi… Quel choc ce fut lorsque j’ai vu pour la première fois une vidéo dans laquelle je figurais ! Les gestes des mains, ceux des bras, ma façon d’attraper quelque chose, ma façon de marcher ; les mouvements de mon cou, de ma tête… Etrange.
Alors évidemment, je ne sais pas quoi faire avec cette improbabilité qui me constitue.

mardi 15 décembre 2009

la haut (un haïku)

Elle fait un écart
La cime de l'arbre
Pour laisser passer le vent

jeudi 19 novembre 2009

J’ai levé les yeux (un haïku)

Dans l’azur, une traîne - quelques nuages -
C’était ton visage tout là haut, tes lèvres
J’ai embrassé le ciel

mercredi 18 novembre 2009

j'ai envie de dire un poème

…J’ai envie de dire un poème qui dirait quelque chose comme ça : enfin, je pourrais te dire ce poème si par ailleurs tu ne t’endormais pas, un poème qui dirait ça - mais il faudrait que tu l’écoutes, et tu n’écoutes pas - tu ne m’écoutes plus ; alors donc ce poème dirait, je te dirais tu sais que lorsque tu dors, lorsque je te regarde, j’ai envie de te dire plein de choses, des choses belles, douces et d’autres émouvantes encore, ces choses arrivent à mon esprit, attends, les mots sont presque là, dans ma bouche… attends, juste un peu, un petit peu, ils viennent… mais non tu n’attends pas je le vois bien puisque tu dors déjà… tu t’endors alors que moi je voulais te dire un poème, tu t’es endormie juste au moment où les mots arrivaient, pour dire que lorsque tu t’endors, lorsque je te regarde et que tu dors, j’ai envie de te dire un poème…

lundi 16 novembre 2009

A Arthur Rimbaud

Arthur, non, je ne suis pas d’accord : le a est blanc absolument, jamais noir, car c’est un commencement ; le e est gris, d’un gris clair, presque blanc, mais gris quand même, pour qu’on le distingue bien du a, qui est blanc, d’un blanc immaculé, je le répète ; le i, lui, est jaune - aigu comme il est le i, il ne peut qu’être jaune, comme l’est le cri des cigales - ; le o est bleu, d’un bleu d’eau, le bleu du fond de l’océan, c’est évident ! Quand au u, ça dépend, le u est changeant, le u est tantôt vert, tantôt bleu clair, c’est un drôle d’huluberlu, que cet u là…
Hé, mais voici que le é m’interpelle, de son marron clair, le é est plus pointu que l’è, car le è est majestueux, d’une belle couleur brune. Et le ê ? Le ê, c’est un abîme, spirituel et obscur, comme l’est la forêt la nuit…
Le an, le am, le en et le em sont gris en même temps, ils sont tous les quatre de ce blanc un peu passant qu’est le gris, mais très légèrement, et parfois - mais rarement - il leur arrive quand même d’être sépia, cette belle couleur d’antan ; le ain, le ein et le in sont orangés, parfois ambrés, parfois d’étain, mais ils restent dans ces teintes là hein ! Le on (et le om) est grave, très grave comme le basson et la contre basse, sombre, presque noir mais pas tout à fait, juste à la limite - disons, que le on est d’un violet très profond, ou d’un grenat sans fond ; le ou est violet sans doute, ce qui est étrange, car le o et le u sont bleu et vert ou alors bleu foncé et bleu clair, mais jamais bleu et rouge ou rouge et bleu, ce qui donnerait du violet… D’ailleurs, il n’y a de rouge nulle part, aucune lettre n’est rouge en elle même, ça ne se peut pas ! Ou alors elles le sont toutes à la fois, car le rouge submerge tout, contamine tout, c’est sa force, son évidence, son éclat : lorsqu’on voit rouge, et bien tout, absolument tout devient rouge… Le rouge est un peu comme le noir alors, mais il agit tout autrement ; le noir, lui, aspire les couleurs, alors que le rouge les envahit, c’est très différent, absolument différent comme si le noir était sous les lettres et le rouge au dessus…